Je vous ai parlé il y a quelque temps de mon défi “12 mois, 12 figures de l’éducation. Comme je vous l’ai dit alors, je souhaite puiser dans les meilleurs éducateurs, les meilleurs conseils pour éduquer nos enfants. Pour commencer, j’ai choisi Montaigne. On connait souvent de lui la citation “Mieux vaut une tête bien faite qu’une tête bien pleine” ou encore sa devise “Que sais-je?”.

En me relisant le chapitre de ses fameux essais traitant “De l’institution des enfants“, j’ai apprécié la modernité de ce philosophe de la Renaissance né en 1533.

 

Pourquoi instruire et éduquer nos enfants?

“Qu’il apprenne les histoires moins pour les savoir que pour en juger”

Le but de l’éducation selon Montaigne est de former à l’analyse et au jugement. 

Aujourd’hui, le savoir est à portée de main, ou de clic bien souvent. Par contre,  savoir filtrer, avoir un regard critique et un jugements sur tout ce contenu est crucial. C’est là qu’est la réelle valeur ajouté que peut apporter un éducateur. Développer la capacité d’analyse et de jugement.

 

“Le gain de l’étude ainsi entendue, c’est de devenir meilleur et plus sage”

L’objectif de l’étude est aussi de se dépasser, de s’améliorer.

Du développement personnel avant l’heure, en somme! On est loin du chien savant qui annone les citations et les références historiques. Montaigne privilégie l’Homme, en humaniste qu’il est.

 

Des clés pour une tête bien faite

 

Rejet de la violence dans l’instruction des enfants

Il a été parmi les premiers à décrier les éducateurs de l’époque. Il rejette toute violence dans l’éducation.

La violence physique a disparu de nos écoles française depuis pas si longtemps bien qu’elle ait été proscrite par la loi dès la révolution française.

En 1987, dans une étude consacrée à la prévalence des punitions constatable en pratique dans le système scolaire primaire français, le sociologue Bernard Douet indiquait : « il est clair que le système punitif est bien présent dans l’institution scolaire actuelle, et qu’il dépasse largement les recommandations officielles. » Son étude mettait en évidence qu’à cette époque, 44,2 % des maîtres déclaraient avoir “vu à l’école” l’usage de la fessée (17,3 % reconnaissant la pratiquer eux-mêmes), et 14,7 % déclaraient avoir “vu” pratiquer la gifle.

En revanche, il subsiste une certaine violence dans la façon d’enseigner, de mettre en difficulté, de noter etc… Heureusement, on parle de plus en plus d’éducation bienveillante, du respect du rythme des enfants, des effets négatifs que peuvent avoir des évaluations mal conduites.

 

Personnaliser l’enseignement

Selon Montaigne, il convient d’évaluer les aptitudes de l’enfant pour adopter des exercices appropriés. Il est donc nécessaire de personnaliser la formation et de l’adapter au niveau de chaque enfant plutôt que d’imposer des cours magistraux qui seront inadapté pour certains enfants et en particulier si le groupe est hétérogène.

A l’époque , cela se matérialisait par une invitation à recourir au précepteur plutôt qu’aux cours collectif. Aujourd’hui on parlerait plutôt d‘instruction en famille ou de méthodes alternatives qui s’adaptent au niveau de l’enfant.

L’importance de l’expérience

A cet apprentissage, tout ce qui se présente à nos yeux sert de livre

Montaigne insiste également sur la nécessité de l’expérience. On ne se limite pas aux livres pour apprendre. Des recherches ont depuis montré que l’on ne retient qu’une toute petite partie de ce qu’on apprend. Et le fait d’avoir expérimenter augmente significativement les chances de retenir l’enseignement. C’est le point de départ des pédagogies actives popularisées par Freinet ou Montessori entre autres que l’on trouve déjà dans les Essais de Montaigne.

Il évoque notamment les voyages et la fréquentation d’autrui comme source d’expériences qui lui permettront d’exercer son jugement.

 

Aiguiser la curiosité

Montaigne invite à développer la curiosité de l’élève.

“Tout ce qu’il y aura de singulier autour de lui, il le verra: un bâtiment, une fontaine, un homme, le lieu d’une bataille ancienne; il enquerre des mœurs, des moyens, des alliances […] ce sont là des choses très plaisantes à apprendre et très utiles à savoir”.

Il est nécessaire d’ associer l’apprentissage au plaisir et aussi d’initiative de l’élève qui va de lui même vers l’apprentissage.

Pourquoi? Car il est maintenant prouvé que l’on apprend mieux lorsque l’on y prend plaisir. Et que l’élève  gardera probablement le goût d’apprendre toute sa vie, même en l’absence de “Maître”.

 

La philosophie à tout âge

“La philosophie a des leçons pour les enfants nouveaux nés comme pour les vieillards; un enfant est capable de la comprendre au sortir de la nourrice beaucoup mieux que d’apprendre à lire ou à écrire”

Il s’indigne également sur la vision de la philosophie consistant uniquement à étudier des concepts et des doctrines anciennes. Pour lui, la philosophie est avant tout une science concrète et accessible à tous. “Il n’est rien de plus gai, gaillard et enjoué” dit il même plus loin.

Le but est d’accompagner à tout âge vers une philosophie pratique, plus soucieuse de bien faire que de bien dire.

 

 

 

L’essentiel de l’éducation selon Montaigne.

Pourquoi éduquer un enfant?

  • Développer l’esprit d’analyse et le jugement est l’objectif premier
  • Grâce à cette capacité de jugement, on peut devenir meilleur et plus sage.

Comment développer cette fameuse tête bien faîte?

  • Susciter l’envie, la curiosité
  • Apprendre avec plaisir
  • Apprendre par l’expérience (voyages, rencontres notamment)
  • S’adapter à chaque enfant

 

Cette lecture m’a permis personnellement de revenir au fondamentaux qu’on perd parfois de vue: quel est le but de l’éducation? Et j’aime ce recentrage de Montaigne sur la nécessité de former un esprit capable de juger librement. Former un être libre, c’est un beau programme.

Montaigne ne reste pas dans la théorie : il propose des moyens concrets pour parvenir à ce but. Et ses conseils n’ont pas pris une ride, 5 siècles plus tard.

Pour aller plus loin, je souhaite appliquer cette recommandation sur la nécessité et la richesse d’aborder la philosophie à tout âge. Je vous en parlerai dans un article à venir.

 

Si vous souhaitez le lire cet extrait des essais de Montaigne qui est très riche, je vous recommande d’opter pour une traduction en français actuel comme celle-ci par exemple. Le chapitre concernant l’éducation des enfants est le XXV à la page 205.

 

 

 

 

 

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